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J'avais écrit dernièrement un article intitulé : "300 Mafatais au bout du tunnel ?". Je le terminais en donnant des liens sur des articles du Journal de l'Ile traitant le sujet de manière bien plus complète. J'ai demandé si je pouvais publier intégralement deux de ces articles, afin que cette histoire reste pérenne dans sa version la plus complète. Le Journal de l'Ile a dit oui. Qu'il en soit ici remercié.

Donc avec l'aimable autorisation du Journal de L'ile, voici le premier article :

Trois cents Mafatais abandonnés depuis un an


Février 2006 - mars 2007. Ça fait plus d’un an qu’un important éboulement s’est produit sur la RF 13 au niveau de Col-des-Bœufs, à la frontière des cirques de Salazie et de Mafate. Les 300 habitants de Marla et de la Nouvelle sont coupés du monde : les difficultés d’approvisionnement en vivres depuis l’Est représentent un important surcoût pour le budget familial déjà fragilisé par la baisse vertigineuse de l’activité touristique, leur principale source de revenu.

La colère des Mafatais de Marla et de la Nouvelle est palpable et compréhensible : Ça fait un an qu’ils sont coupés du monde mais personne ne semble s’en inquiéter. Objet de leur mécontentement : l’immobilisme des autorités face à l’éboulement survenu le 10 février 2006 sur la RF13 au niveau du Col-des-Bœufs. Avant et après le passage de Gamede, deux autres éboulements de moindre importance mais tout aussi handicapant se sont ajoutés à celui de l’année dernière. Cette situation a entraîné la non-accessibilité de la plate-forme de dépôt, où les vivres sont stockés en attendant les livraisons par hélicoptères. Il faut savoir que les 250 habitants de La Nouvelle et 50 de Marla s’approvisionnent en denrées alimentaires et autres produits de première nécessité à Salazie, à Saint-André voire à Saint-Denis. Ces vivres sont acheminés sur la plate-forme de Col-des-Bœufs avant d’être transportés à l’intérieur du cirque, 450 m plus bas, par hélicoptère (voir le schéma).


VISIBILITÉ RÉDUITE

Le circuit de ravitaillement est alors interrompu depuis maintenant un an en raison des quelque 5 000 m3 d’éboulis qu’aucune autorité n’a pris l’initiative de déblayer jusqu’ici. “Si c’était à Cilaos ou dans un autre endroit de l’île, les travaux auraient démarré immédiatement dans les heures qui suivent. Pour nous, ça fait un an, que c’est comme ça. Un an Monsieur... Vous vous rendez compte ? À croire que nous ne sommes pas considérés comme des Réunionnais à part entière mais comme des Réunionnais entièrement à part”. Paroles de Mafatais. Toutes les autres solutions de rechange sont loin de convenir aux habitants du cirque. Pendant un moment, les marchandises ont été acheminées par camion jusqu’à la barrière de l’ONF, à environ un kilomètre avant l’éboulis.


TRISTE EXPÉRIENCE

Mais d’une part, le survol de l’hélicoptère dans cette zone pose problème en raison d’une visibilité réduite due au passage fréquent des nuages ; d’autre part, l’ONF interdit l’installation de conteneur à côté de sa barrière : les vivres sont alors déposés à l’air libre et ne sont pas sécurisés. D’ailleurs, le site est trop petit pour contenir une quantité suffisante de stock de vivres. Ces conditions difficiles amènent les propriétaires d’hélicoptère à augmenter le coût de la rotation. À noter aussi que le tarif des livraisons héliportées à Marla et à La Nouvelle depuis l’Ouest (Rivière-des-Galets) est pratiquement le double de celui au départ de Col-des-Bœufs. La rotation s’élève jusqu’à 325 euros au lieu de 180 euros au départ de l’Est. Par ailleurs, la déviation par Col-de-Fourche aménagée par l’ONF est loin d’être une meilleure alternative pour l’approvisionnement des vivres : c’est une piste piétonne. D’ailleurs, “Le détour est extrêmement pénible notamment lorsque nous avons 20 kg de marchandises sur le dos. Nous perdons près de 40 minutes en empruntant ce sentier assez épuisant” raconte un habitant de La Nouvelle qui n’a pourtant pas l’habitude de se plaindre et qui est bon marcheur comme tous les Mafatais. Par souci d’économie de temps et d’énergie, beaucoup bravent l’interdiction de l’ONF et franchissent la route coupée en dépit des chutes de galets provenant de la montagne particulièrement friable et des risques de glissement. Une mère de famille en a fait la triste expérience il y a 6 mois en passant au-dessus des amas de roches : elle a glissé et s’est fracturée le poignet.


OBSTACLE MAJEUR

L’éboulement constitue également un obstacle majeur pour l’activité touristique, principale source de revenu pour les habitants des deux îlets. La propriétaire d’un gîte regrette que les clients ne viennent plus : “Beaucoup renoncent à faire le détour par Col-de-Fourche. On a déjà enregistré une baisse vertigineuse de la fréquentation et du chiffre d’affaires depuis la crise du chik, ces éboulements ne nous ont pas permis de nous relever depuis. Au contraire, nous devons faire face à des dépenses supplémentaires dues à la coupure de la route, alors que l’argent ne rentre pas car les clients sont rares. Sans exagérer je peux dire que nous vivons aujourd’hui à une situation financière catastrophique”. Un autre “gîteur” confirme : “Avec la réfection de la RF13 en février 2005, (lire par ailleurs) ayant permis de boucler la liaison depuis Saint-Denis en moins de 90 minutes contre trois heures auparavant, nous avons beaucoup investi dans les structures d’accueil. Force est de constater aujourd’hui qu’en raison de ces éboulements, les clients n’arrivent qu’au compte-gouttes et nos gîtes sont loin d’atteindre le rythme de croisière escompté aussi bien en basse qu’en haute saison”. Et les Mafatais de lancer un énième au secours, à l’endroit des financeurs, État, Région mais aussi à l’ONF (dont le responsable du secteur n’a pas donné suite à nos messages) en charge de la gestion de la route et du site... Mieux placés pour connaître la situation, les habitants sont persuadés que “Seul le déblayage des éboulis et la réouverture de l’accès au Col-des-Bœufs pourra remédier à ce problème d’enclavement”. Et de crier “Au secours !”.

Textes Pana Reeve

(original paru le 9 mars 2007)


Le deuxième article concerne un dégât colatéral de cet ébouli : la baisse de fréquentation du parking du col des Boeufs.


Le “gîte des voitures” est aussi pénalisé

C’est notre collègue regretté Philippe Petit qui a donné le nom “Gîte des voitures” au parking payant du Petit-Col, à l’occasion d’un reportage sur cette aire de stationnement unique en son genre. Pour un forfait de 2 euros la journée ou de 10 euros la nuit, les automobilistes peuvent partir en toute quiétude en randonnée, sans se soucier de la sécurité de leurs véhicules. Jean-François Rivière et son associé, qui ont créé la petite entreprise de surveillance conventionnée avec l’ONF en 1999, veillent sur le parking 24 heures/24, accompagnés de leur chien. Avec la réfection de la RF13, la capacité de l’aire de stationnement a s’élève aujourd’hui à 100 places. Point de départ de plusieurs sentiers de randonnée, le parking du Petit-Col comprenant un petit snack est aussi considéré comme un lieu d’accueil et d’information. Plus qu’un simple surveillant de parking, Jean-Pierre Rivière ne manque jamais de prodiguer quelques conseils pratiques à ses clients. Une demi-douzaine de Mafatais profitent aussi des services de Jean-François Rivière. Depuis la fermeture de la route à la suite de Gamède, c’est chez lui à Mare-à-Martin que les voitures des habitants de La Nouvelle sont garées. “C’est un petit plus que nous offrons à nos amis” a signalé M. Rivière. Il confirme les dires des “gîteurs” concernant la baisse de la fréquentation de ce site à vocation touristique, suite à l’éboulement de février 2006. Il s’en souvient : “L’accident s’est produit un vendredi précédant la Saint-Valentin. Après l’éboulement, les voitures à garder se comptaient sur les doigts des mains, contre une trentaine auparavant. C’est pareil pour le week-end alors qu’avant on était plein à 80 %”. Jean-François Rivière annonce aussi que la majorité des clients sont locaux et que la nouvelle de l’éboulement qui s’est répandue rapidement, a découragé plus d’un. Pire, Gamede est aussi passé par là : suite à l’arrêté préfectoral interdisant la circulation sur la RF13, la petite entreprise est aujourd’hui en chômage forcé.
(original paru le 9 mars 2007)


Ajout personnel :
La RF13 a été rouverte depuis et le parking a recommencé à fonctionner.
par Annie publié dans : La Réunion
Vendredi 30 mars 2007

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