
La colère des Mafatais de Marla et de la Nouvelle est palpable et compréhensible : Ça fait un an qu’ils sont coupés du monde mais personne ne semble s’en inquiéter. Objet de leur mécontentement : l’immobilisme des autorités face à l’éboulement survenu le 10 février 2006 sur la RF13 au niveau du Col-des-Bœufs. Avant et après le passage de Gamede, deux autres éboulements de moindre importance mais tout aussi handicapant se sont ajoutés à celui de l’année dernière. Cette situation a entraîné la non-accessibilité de la plate-forme de dépôt, où les vivres sont stockés en attendant les livraisons par hélicoptères. Il faut savoir que les 250 habitants de La Nouvelle et 50 de Marla s’approvisionnent en denrées alimentaires et autres produits de première nécessité à Salazie, à Saint-André voire à Saint-Denis. Ces vivres sont acheminés sur la plate-forme de Col-des-Bœufs avant d’être transportés à l’intérieur du cirque, 450 m plus bas, par hélicoptère (voir le schéma).
VISIBILITÉ RÉDUITE
Le circuit de ravitaillement est alors interrompu depuis maintenant un an en raison des quelque 5 000 m3 d’éboulis qu’aucune autorité n’a pris l’initiative de déblayer jusqu’ici. “Si c’était à Cilaos ou dans un autre endroit de l’île, les travaux auraient démarré immédiatement dans les heures qui suivent. Pour nous, ça fait un an, que c’est comme ça. Un an Monsieur... Vous vous rendez compte ? À croire que nous ne sommes pas considérés comme des Réunionnais à part entière mais comme des Réunionnais entièrement à part”. Paroles de Mafatais. Toutes les autres solutions de rechange sont loin de convenir aux habitants du cirque. Pendant un moment, les marchandises ont été acheminées par camion jusqu’à la barrière de l’ONF, à environ un kilomètre avant l’éboulis.
TRISTE EXPÉRIENCE
Mais d’une part, le survol de l’hélicoptère dans cette zone pose problème en raison d’une visibilité réduite due au passage fréquent des nuages ; d’autre part, l’ONF interdit l’installation de conteneur à côté de sa barrière : les vivres sont alors déposés à l’air libre et ne sont pas sécurisés. D’ailleurs, le site est trop petit pour contenir une quantité suffisante de stock de vivres. Ces conditions difficiles amènent les propriétaires d’hélicoptère à augmenter le coût de la rotation. À noter aussi que le tarif des livraisons héliportées à Marla et à La Nouvelle depuis l’Ouest (Rivière-des-Galets) est pratiquement le double de celui au départ de Col-des-Bœufs. La rotation s’élève jusqu’à 325 euros au lieu de 180 euros au départ de l’Est. Par ailleurs, la déviation par Col-de-Fourche aménagée par l’ONF est loin d’être une meilleure alternative pour l’approvisionnement des vivres : c’est une piste piétonne. D’ailleurs, “Le détour est extrêmement pénible notamment lorsque nous avons 20 kg de marchandises sur le dos. Nous perdons près de 40 minutes en empruntant ce sentier assez épuisant” raconte un habitant de La Nouvelle qui n’a pourtant pas l’habitude de se plaindre et qui est bon marcheur comme tous les Mafatais. Par souci d’économie de temps et d’énergie, beaucoup bravent l’interdiction de l’ONF et franchissent la route coupée en dépit des chutes de galets provenant de la montagne particulièrement friable et des risques de glissement. Une mère de famille en a fait la triste expérience il y a 6 mois en passant au-dessus des amas de roches : elle a glissé et s’est fracturée le poignet.
OBSTACLE MAJEUR
L’éboulement constitue également un obstacle majeur pour l’activité touristique, principale source de revenu pour les habitants des deux îlets. La propriétaire d’un gîte regrette que les clients ne viennent plus : “Beaucoup renoncent à faire le détour par Col-de-Fourche. On a déjà enregistré une baisse vertigineuse de la fréquentation et du chiffre d’affaires depuis la crise du chik, ces éboulements ne nous ont pas permis de nous relever depuis. Au contraire, nous devons faire face à des dépenses supplémentaires dues à la coupure de la route, alors que l’argent ne rentre pas car les clients sont rares. Sans exagérer je peux dire que nous vivons aujourd’hui à une situation financière catastrophique”. Un autre “gîteur” confirme : “Avec la réfection de la RF13 en février 2005, (lire par ailleurs) ayant permis de boucler la liaison depuis Saint-Denis en moins de 90 minutes contre trois heures auparavant, nous avons beaucoup investi dans les structures d’accueil. Force est de constater aujourd’hui qu’en raison de ces éboulements, les clients n’arrivent qu’au compte-gouttes et nos gîtes sont loin d’atteindre le rythme de croisière escompté aussi bien en basse qu’en haute saison”. Et les Mafatais de lancer un énième au secours, à l’endroit des financeurs, État, Région mais aussi à l’ONF (dont le responsable du secteur n’a pas donné suite à nos messages) en charge de la gestion de la route et du site... Mieux placés pour connaître la situation, les habitants sont persuadés que “Seul le déblayage des éboulis et la réouverture de l’accès au Col-des-Bœufs pourra remédier à ce problème d’enclavement”. Et de crier “Au secours !”.
Textes Pana Reeve
(original paru le 9 mars 2007)
Le deuxième article concerne un dégât colatéral de cet ébouli : la baisse de fréquentation du parking du col des Boeufs.
Le “gîte des voitures” est aussi pénalisé
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