C'est le titre d'une émission de divertissement animée par Patrick Sébastien. Le cadre : un tribunal. Les jurés : des pipoles. Deux vrais avocats - vous connaissez sans doute Maître Collard. Et un président : Patrick Sébastien, himself.
Ah j'oubliais, l'accusé du jour est Francis Perrin. Oui, l'acteur, soupçonné d'avoir assassiné sa partenaire de planches en pleine représentation.
Plus qu'un véritable procès, on vous propose de résoudre une énigme. En effet, on vous dit d'emblée que le coupable est soit l'accusé, soit l'un des trois témoins, et que dans les scènes qui nous seront montrées il y aura des indices qui nous aideront à déterminer qui est le véritable coupable. C'est donc, plus un jeux qu'autre chose.
Des moments de la journée nous sont montrés par bribe. Déjà, on arrive jusqu'au crime. La pièce de théâtre est en représentation. La scène est celle ou madame rentrant plus tôt oblige monsieur à cacher sa maîtresse en petite tenue dans un placard, pendant qu'il court - on suppose - se rhabiller, histoire d'apparaître le plus innocent possible vis à vis de madame.
Madame qui trouve un foulard de femme, devine de suite où son mari a caché l'intrigante, puisque manquant notoirement d'imagination, c'est toujours au même endroit qu'il les dissimule. En ouvrant le placard : cris d'effroi, c'est un cadavre ensanglanté qui s'y trouve. La Maîtresse est transpercées par plusieurs couteaux. Francis Perrin revient sur scène poussant lui aussi un cri et demande à ce qu'on baisse le rideau.
Plus tard, la police va chercher Francis Perrin dans sa loge pour interrogatoire : "vous êtes notre principal suspect".
Voilà le décors planté. Nous voici donc au tribunal. Les jurés se présentent. Ils pourront poser des questions à chacun des témoins.
On donne la parole a l'accusé, qui comme beaucoup d'accusé, se proclame innocent.
Viennent les différents témoignages : le cocu, l'amie fidèle du cocu et le petit voyou avec casier judiciaire
Tout tourne autour des couteaux, acheté par Francis Perrin "pour sa collection", dont il montre ou annonce l'existence à chacun des protagonistes qui savent tous où ils se cachent.
Chacun a un mobile :
- Francis Perrin est furieux car l'actrice avait brûlé un de ces manuscrits qui n'existait que sous un seul exemplaire écrit de sa main. Perte immense que cette pièce qui aurait du être jouée dans l'année.
- Le cocu : qui venait d'être remercié à la fois par maîtresse et renvoyé par Perrin
- l'amie fidèle qui aurait pu vouloir venger la souffrance de son ami
- le petit voyou qui avait été vertement repoussé par l'actrice à laquelle il avait déclaré sa flamme.
Sur le lieu du crime : des cendres, celle du cigare de Perrin, et sur les armes du crime, les empreintes de Perrin.
Voilà en gros les élements qu'on nous aura donné à voir.
Il y aura la scène de dispute entre l'actrice et son à présent ex-petit ami.
Il y aura la scène de dispute entre l'amie du cocu et l'actrice
Il y aura la scène de dispute entre le machiniste (le petit voyou) et Perrin
Il y aura la scène de dispute entre le machiniste et l'actrice
Et au passage une scène de dispute entre les deux avocats, rappelés à l'ordre par Sébastien.
Bon résumé, comme ça, c'est un peu rapide. Mais voilà ce qui trouble :
l'amie se retrouve dans l'une des scènes avec un sparadrap au doigt. Tout de suite, on pense aux couteaux
Le cocu a deux mobiles : il a été humilié par l'actrice, puis par Perrin. Il avait des gants. Tuer l'une et faire porter le chapeau à l'autre serait une belle vengeance
Le machiniste porte toujours des gants, et accède comme il veut à toutes les pièces du théâtre.
Perrin quant à lui crie à la machination.
Et c'est là que la télévision est redoutable. A nous demander d'être attentif à tout, car des indices sont distillés dans les scènes qui nous sont montrés, on décortique chaque détail. On voit tout de suite le sparadrap, le regard du cocu vers le tiroir où sont rangé les couteaux, l'envie de l'amie "de faire quelque chose", après son "entretien" avec l'actrice.
Le machiniste à casier judiciaire, lui, il est mis de coté tout de suite : ça la foutrait mal si la production l'avait choisi comme coupable. Coupable une fois, coupable toujours, leur aurait-on balancé à la figure. Politiquement incorrect. A éliminer.
Et voilà où le bât blesse. On ne raisonne pas en affaire, mais en scénario.
Quand maître Collard, désigné dans les premières minutes de l'émission comme avocat de l'accusation se lance dans sa réquisition, il est redoutable. Le Perrin, on aimerait pas être à sa place, tant ce qu'il dit semble d'une logique implacable. Mais c'est de l'a télé, alors on se méfie. On se dit que la plaidoirie est trop bien huilée pour être honnête, il a forcé le trait tout ça.
Vient ensuite la défense, qui défend évidement la thèse du complot contre Perrin et charge deux des témoins. Moins efficace, mais suffisant pour que le doute s'installe.
Tout, tout désigne Francis Perrin, qui bafouille et n'a pas été convaincant lorsqu'on lui a demandé pourquoi il a parlé des couteaux à tout le monde.
Mais ce n'est pas fini. On assiste ensuite au débat des jurés, avec la Palme d'Or à Pacco Rabanne qui affirme qu'un scénario aussi tordu ne peut venir que de l'esprit d'une femme ! On voit que les jurés sont troublés eux aussi et que le doute quant au nom du coupable domine.
Sébastien les a fait voter avant et après la discussion. Eh bien la discussion finit par innocenter Perrin qui à la majorité est déclaré non coupable.
Et je crois que c'est cela le plus terrible dans cette histoire : c'est la mise en commun de toutes les réflexions qui a innocenté Perrin et mis en accusation un innocent. Car Perrin nous l'apprendront très vite EST coupable.
Dans la réalité, le doute est censé profiter à l'accusé, ça a été le cas, mais là, le jeu consistait à désigner un coupable, donc innocenter l'un revenait à en désigner un autre. Dans la réalité, on ne sait pas si on se trompe. Là si.
Le pire, c'est qu'à la fin on nous montre la preuve infaillible de la culpabilité de Perrin : lorsqu'il revient sur scène, le soir du meurtre, il n'est pas rhabillé, comme il aurait du l'être et comme il l'est chaque soir. Il est toujours en caleçon, preuve qu'il n'était pas remonté dans sa loge et qu'il a attendu derrière la porte les cris de sa "femme". J'AI RIEN VU. Trop occupée à chercher le détail ! J'aurai même pu jurer qu'il était habillé !
Et là, on a la démonstration - si cela était encore nécessaire - de l'extrême facilité de la manipulation par l'image, de la force d'un scénario et de l'habilité des acteurs. Je leur tire mon chapeau. Je me suis fais avoir. J'ai joué. J'ai perdu. Car moi c'est Lazuly (le cocu) qui me semblait coupable, même si Perrin m'apparaissait comme un bon candidat aussi. Mais j'ai joué le jeu. J'en ai choisi un, selon mon "intime conviction". Peut-être serais-je plus critique la prochaine fois, si je revois cette émission. Mais je doute. Parce que c'est quand même puissant, cette force de manipulation qu'est la mise en scène.
Et cette émission si elle ne nous apprend pas grand chose (voire rien) sur la Justice, nous en apprend beaucoup sur ... nous même.
Rideau !
PS : un autre avis sur la toile, le seul que m'ait craché google
Par Annie
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Publié dans : Société
Lundi 8 janvier 2007
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/2007
15:31
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