J'ai entendu les témoignages de Florence Aubenas, à sa descente d'avion et la conférence de presse hier. J'ai également entendu la Roumaine qu'on nous a repassé en boucle sur itélé en attendant que Florence attérisse.
Je me souviens du portrait de "grande soeur" que la Roumaine nous a brossé, de quelqu'un de réconfortant. Alors j'ai imaginé des contacts, au minimum quelques paroles.
Or Florence Aubenas, lorsqu'elle décrit ses conditions de détention, raconte un endroit petit, sombre, où elle est pieds et poings liés, avec un bandeau sur les yeux et l'interdiction de parler ou de pleurer trop fort. Le moindre souçon de chuchottement est réprimé, même s'il n'a aucune réalité. On se demande dans ces conditions, quels type de réconfort Florence Aubenas aurait pu apporter à un quelconque co-détenu.
Autre question : elle qui est restée des mois en détention face à un homme dont elle n'a appris que très tardivement qu'il s'agissait de Hussein, aurait pu être reconnues par d'autres. Pas de bandeau sur les yeux pour eux alors ? De la lumière ? Pas d'interdiction de parler ?
Ces détails me troublent. C'est pas bien logique tout ça. Mais il est vrai que la réalité n'est pas toujours de la plus grande logique.
Autre fait troublant : le témoignage de la Roumaine s'est enrichi d'un épisode "fromage à tartiner" et "bouteille d'eau", mais chronologiquement sur nos écrans après que Florence Aubenas en ai parlé devant les caméras à sa sortie d'avion. Le témoignage de la Roumaine aurait eu bien plus de force si ce détail avait été évoqué avant l'atterissage de Florence Aubenas. Mais là encore, il peut s'agir de choix de montage, et ça ne démontre en rien que le discours s'est adapté à des révélations toute fraîches (impression que j'ai tout de même eu en entendant parler de la crème de gruyère le jour suivant le retour de l'otage)
Et pourtant, l'affaire est confirmée par plusieurs autres sources, dont Barnier. Dans ce cas, si d'autres confirment en quoi le silence de Florence Aubenas serait motivé par le volonté de protèger quelqu'un ? Cette logique aussi m'échappe. Si c'est révélé d'un coté, que vaut le silence de l'autre ?
L'hommage appuyé de Florence Aubenas à ses confrères roumains semblent montrer que malgré tout elle les soutient. Et ça devient encore moins compréhensible.
Du coup, ben je me dis qu'elle cherche vraiment à protéger quelqu'un. Qui ? Hussein ?
Elle l'a dit, lui est encore en danger. Il a sa vie à reconstruire. L'Irak n'est plus un endroit sûr pour lui.
Peut-être un jour saurons nous le fin mot de cette histoire. Peut-être pas. Est-ce si important finalement ? Sans médiatisation il n'y aurait pas de trouble tel que celui qui alimente le texte de ce soir. Florence Aubenas a déjà livré beaucoup à ses confrères et consoeurs et par la même occasion à nous autres anonymes. Il faudra s'en contenter. Tirer des plans sur la comète est au final un exercice très modérément satisfaisant ;-).
Pour terminer oserai-je dire que ce kidnapping aura quand même eu un effet positif ? Nous faire connaître une jeune femme peu ordinaire, qui confirme par son comportement exemplaire ce qu'étaient venus nous dire ses amis dans les clips de soutien. Je lui souhaite une suite de carrière très riche mais moins mouvenementée, même si "mouvement" décrit très mal ce qu'elle a vécu ces derniers mois.
Par Dumont
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Publié dans : Société
Mercredi 15 juin 2005
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