Il y a quelques temps, je m'étonnais du peu de critiques relayées dans nos médias sur la fameuse machine à voter, utilisée lors des dernières élections cantonales et régionales de mars 2004 dans quelques villes pilotes.
Cet événement qui en tant qu'informaticienne me crispe au plus haut point semble indifférer gravement le citoyen lambda.
J'entends d'ici les objections : "mais de toute façon on n'y comprend rien". Ben oui, justement, c'est là que le bât blesse. On passe d'un système que tout le monde comprend et qui s'est amélioré au fil des ans pour rendre les fraudes de plus en plus difficiles à un système que seuls des experts sont capables d'auditer.
Avec une machine à voter : c'est la machine qui compte, et si elle fait des erreurs (qui dans son milieu professionnel n'a pas été victime des bugs d'un programme pourtant commercialisé très chers et dont on attendrait qu'il soit moins imparfait), ça passe à l'as. Qui peut vérifier ? Comment savoir ?
Un bug informatique n'est pas toujours détecté tout de suite, et si le résultat est vraissemblable, il devient dans le cas de la machine à voter indétectable. Donc a priori, on n'a aucune garantie que les résultats soient simplement justes.
D'autant qu'aucun système de ticket n'est chez nous mis en place. Pourquoi ? Ce système de ticket est décrit sur le site de recul-démocratique.org , mais je ne sais plus où exactement, tellement j'ai retourné ce site hyperintéressant dans tous les sens [Article retrouvé par Manu]. En gros, lorsque l'individu vote, un ticket est imprimé qu'il visionne à travers une petite fenêtre dans la machine, et puis le ticket s'en va rejoindre une urne.
La fiabilité des machines est ainsi vérifiable et pourra être verifié sur un échantillonage pris sur l'ensemble du territoire.
Par contre il reste encore à savoir que faire si le ticket affiché ne correspond pas au choix du votant.
Les auteurs de cet article de Rézo Citoyen relèvent 5 critères que doit respecter une élection :
transparence
confidentialité
anonymat
sincérité (le bulletin dans l’urne est-il celui que j’ai choisi ?)
unicité (un vote par personne)
Quid de la transparence d'un programme informatique dont le code est protégé par le secret industriel. Quid de la sincérité (voir les bugs) et toujours pour cause de bug quid de l'unicité : si je ne m'abuse dans tout mon butinage au sujet du vote électronique, j'ai lu un cas de votes comptés par une machine supérieur au nombre de votants. Bug flagrant !
On ne peut pas dire qu'on ne sait pas : le vote électronique a été testé dans divers pays, et on ne peut pas dire que dans l'ensemble ce soit une grande réussite. Certains pays comme l'Irlande font même marche arrière.
Pour ce qui est du vote internet, c'est encore pire. Le vote internet peut se faire de chez soi, ou de n'importe quel poste connecté au web. Plus d'isoloir. Donc le vote sous contrainte est rendu possible. Et ça c'est inacceptable. Pourquoi se rendre dans l'isoloir si c'est pour l'abandonner si facilement au non du "progès".
D'ailleurs, regardons un peu les pour et les contre relevé sur Wikipédia (vote internet):
Pour :
- plus grande rapidité dans l'obtention des résultats,
- économies financières en réduisant les coûts en papiers,
- limitation de la quantité de personnel électoral nécessaire,
- augmentation de la participation aux élections,
- amélioration du fonctionnement démocratique,
- plus besoin de se déplacer ou de faire des démarches pour déléguer son vote en cas d'absence durant les élections,
- éviter la fraude,
- modernité.
Pour ce qui est de la rapidité, le moins qu'on puisse dire c'est que dans les faits, ce n'est pas toujours vérifié.
Au niveau des économies, là, c'est carémment de la mauvaise foi : les équipements qui permettent de centraliser tout ça ne sont pas gratuits, c'est de l'électronique, il faut donc payer une maintenance pour une utilisation somme toute très dispersée dans le temps.
Quant à l'augmentation de la participation aux élections, cela reste un voeu pieux, et de toute manière en aucun cas une certitude.
L'amélioration du fonctionnement démocratique : on croit rêver, c'est tout le contraire. Le vote électronique ne permet même pas l'essentiel - que permet le vote traditionnel : la fiabilité, et la vérifiabilité via la possibilité de recomptage.
Eviter la fraude ? Ah oui ? Alors que quelques lignes de programmes suffisent à l'organiser sans qu'on ne se rende compte de rien !
Modernité : l'argument le plus tarte de toute la liste. On ne vote pas pour être moderne mais une vision de la démocratie. Cette vision demande certaines garanties que cette modernité là est incapable d'assurer.
Changer de système implique au moins de changer pour une qualité équivalente et non pas moindre. La rapidité des résultats à elle seule (de toute manière pas garantie) ne peut justifier qu'on s'assoit sur quelque chose d'aussi sensible par exemple que la fiabilité ou la confidentialité !
Contre :
- Le contrôle échappe au grand public ("La justice et la neutralité dans le vote ne pourraient être garanties que par les entreprises fabriquant ou certifiant ces machines.")
- Par sa dématérialisation, le vote est décontextualisé (moui bof)
- Risque de pressions (internet) puisque plus d'isoloir
Pour conclure, comme Internet Actu je dirai que l'enjeu du vote par internet n'est pas informatique, mais démocratique.
Et pour ceux que cet article a assomé, voici un résumé simple du problème.
Amis électeurs, ne nous laissons pas faire : soyons exigeant avec notre démocratie et faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter que ces procédures non fiables ne sous soient imposées.
De plus où s'est tenu le débat démocratique sur cette évolution de la procédure électorale ?
On n'est pas en train de choisir un traitement de texte-là, mais comment on veut que le vote démocratique soit garantie ! Restons vigilants !
Par Annie
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Publié dans : Société
Jeudi 20 juillet 2006
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20
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/2006
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