Cette semaine, le 44ème Président des Etats-Unis a été élu, en la personne de Barack Obama. La joie du peuple Américain dans les rues de Chicago et d'ailleurs était carrément émouvante. La
dernière fois qu'une liesse pareille est arrivée en France, c'était pour une coupe du monde de foot.
J'ai écouté le discours du vainqueur, celui du perdant. Je les ai ai trouvé tous les deux dignes. Je suis impressionnée par le personnage Obama, ses disours, son charisme, même si j'ai été lassée
par le traitement médiatique, toujours "trop" ou "pas assez". Il me semble que "exceptionnel" convient parfaitement au personnage. "Humain" également. Il a fait naître tant d'espoirs, qu'on lui
souhaite - sachant que pour les miracles il sera impuissant - d'en décevoir un minimum. Car des déçus il y en aura. il y en a toujours quand on laisse le "je" pour le "nous". Et pourtant le
"nous", c'est bien mieux il me semble.
Alors voilà, j'aurai pu consacrer cet article à ça, aux larmes du révérend Jackson, à toute cette émotion qui a déferlé sur le monde à cause de ce seul événement. A la place, je me suis mise à
lire. A essayer de comprendre ce foutu système électoral américain, et puis je me suis plongée dans l'histoire, de Rosa Parks à Barack Obama.
J'ai lu
la lutte pour les droits civils,
la génèse de l'idée de la marche sur Washington, et
le discours célèbre du pasteur King : "I have a dream".
En ce mardi 4 novembre 2008, une page sombre de l'histoire Américaine vient d'être tournée. Enfin nous sommes beaucoup à l'espérer.
Mais ici à La Réunion, si le mercredi 5 a été celui des mines réjouies, les ennuis ont commencé dès le lendemain. Quand les Métropolitains galéraient dans les transports en commun, chez nous les
routes étaient bloquées par les transporteurs réclamant une baisse de 20 centimes d'euros sur le gazole. Je te vois surpris lecteur Métropolitain. Comment tu n'en as pas entendu parlé ? On ne t'a
pas montré cette image aérienne impressionnante d'un port bloqué, les quais remplis de containers qui ne partiront pas avec pour conséquence que des cargos ne peuvent plus décharger ?
On ne t'a pas parlé des embouteillages monstres - non pas ceux de tous les jours, des bien pires - qui ont congestionné les axes principaux de l'ile, des touristes en rade à Gillot (notre
aéroport), des stations essence à sec ? Tu aurais pourtant pu voir des reportages dont tu as l'habitude avec le mot "otage" toutes les 30 secondes.
Mais il est vrai que nous sommes si loin et que parler d'une bataille des routes ici, ça pourait donner des idées ailleurs ...
Hier les acteurs publics et professionnels se sont réunis à 15h à la Préfecture de Saint-Denis pour négocier une sortie de crise. Le Préfet qui fixe par décret le prix de l'essence sur l"ile
consent une baisse dès mercredi prochain de 5 centimes d'euros pour tous (gazole et essence).
A ce moment là j'écoutais la radio. J'ai entendu la réaction de ceux qu'on appelle "la base". Dans la rage exprimée (5 centimes c'est pas assez), j'ai perçu le désespoir. Beaucoup disent que de
toute façon, ils n'ont plus rien à perdre. L'augmentation du prix du carburant a plombé leurs comptes, ils sont au bord de l'asphyxie, et si ça ne baisse pas, ils sont cuits. Alors cuits pour
cuits ... Le désespoir conduit à des extrêmités et la journaliste présente à la Possesion (ou au Port, je ne sais plus), témoignait de la tension entre routiers et automobilistes. Piégés entre
deux rond-points qui venaient d'êre totalement bloqués suite à l'annonce faite au sujet des 5 centimes (alors que la réunion n'était pas terminée, mais qu'un participant de la région avait quitté
la table pour causer sur les ondes de rfo), le ton était monté, et la journaliste craignait que ça ne dégénère. Le timbre de sa voix ne mentait pas. Elle était très inquiète de ce qu'elle voyait,
et soulagée que les camioneurs aient renoncé rapidement à ce bloquage total, par rapport aux réactions négatives des automobilistes.
Ce matin samedi 8 novembre, à la radio, certains camioneurs se déclarent "déçus" de la réaction des gens. Ils espéraient plus de solidarité. Ici par radio interposée, le peuple parle au
peuple.
Ce matin samedi 8 novembre, j'ai tenté une sortie de Saint-Denis vers Sainte-Marie pour aller à mon cours de gym. J'ai fait demi-tour au rond-point de Gillot : sur la voie rapide, les voitures en
direction de Saint-Denis étaient à l'arrêt et la file semblaient longue, longue, longue ...
Je pourrais y aller, mais pour rentrer tintin. J'essaierai de suer un peu à domicile. Rien de dramatique.
En deux jours, on en a entendu sur le prix de l'essence. Opaque pour le commun des mortels, assurément.
J'ai appris que notre essence venait de Singapour, et qu'on ne pouvait pas avoir de fournisseur plus proches à cause des normes européennes - l'Europe cette grande coupable de bien des maux.
Quelles normes ? Celle de la teneur en soufre. Au passage on nous raconte que les Antilles ont une dérogation. Et au passage, on oublie de nous dire pourquoi l'Europe impose ces normes : juste
pour emmerder le monde et La Réunion en particulier ? Une raison, doit bien y en avoir une non ? Une histoire de pollution par exemple ?
Donc si l'essence à La Réunion est plus chère qu'à Maurice c'est parce qu'elle vient de plus loin et que par conséquent son prix est forcément plombé par le transport, sans compter le raffinage
supplémentaire pour être aux normes.
Voilà l'explication. Oui mais là, je crois que le problème est ailleurs, plus que le prix lui même c'est sa dynamique qui est discutée : quand le baril baisse de 140 $ à 70 $ en peu de temps, le
transporteur aimerait que ça se voit un chouillas à la pompe. Or nous explique-t-on encore, les prix à la pompe ici sont lissés. Les hausses sont modérées par ce lissage, mais par effet boomerang
les baisses aussi. On nous fait remarquer qu'ici les hausses ont été moins conséquentes qu'en Métropole par exemple du seul fait de se lissage soutenu si j'ai bien compris par un stock de
carburant de trois mois.
Je pense que les pouvoirs publics - je ne parle pas que de la Préfecture qui elle a fait un petit geste - n'ont pas mesuré l'ampleur d'un désespoir : dans une économie en crise, les attentes sont
fortes, lorsqu'une opportunité de baisse de charges est entrevue. Si elle tarde à venir, le désespoir s'exprime, et on en arrive où on en est aujourd'hui.
Le problème est qu'en France, tant qu'on n'en arrive pas aux extrêmes, il ne se passe rien. Et on compte toujours sur les intérêts divergeants des uns et des autres (les bloqueurs contre les
travailleurs - tiens les transporteurs tout d'un coup ne sauraient plus ce qu'est le travail ?) pour casser un mouvement dont on pense que s'il dure, il sera forcément impopulaire. Et jusqu'ici,
ça marche comme ça. Les uns contre les autres.
Les transporteurs ont l'outrecuidance de se battre pour leur steack et pas celui des autres. Non sans blague ? Se battre pour les siens, quelle horreur ! Parce qu'on en est là ! N'est valable
dans la tête du commun des mortels qu'une lutte qui profiterait à tous. C''est ce qui facilite si grandement le capotage de bien des revidications pas forcément injustifiées. Il suffit de
s'attaquer aux "avantages" secteur par secteur, les uns derrière les autres, et ainsi toute lutte est considérée comme corporatiste, sans voir le tout.
Les prof ? Des privilégiés fénéants !
Les magistrats ? Des bobos arrogants !
Que notre système éducatif partent en quenouille ou que notre justice s'asphyxie après tout pourquoi s'en soucier. Qu'on renvoie tous ces incapables, et tout ira mieux ! Marre de ces privilégiés
qui ne veulent pas de réforme.
Faut avoir le coeur bien accroché pour lire la bile et la haine du fonctionnaire déversée dans les forums de la presse en ligne.
D'ailleurs, peu importe le contenu de la réforme, on t'a dit qu'il en faut une et tout de suite. Et si tu estimes que celle qu'on te pond ne peux qu'empirer les choses, surtout ne va pas te
rebiffer : ton statut de privilégié ne t'autorise qu'à fermer ta gueule. Voilà où on en est. Moyennant quoi, tout va vachement mieux n'est-ce pas ?
Tout le monde morfle. C'en est un vrai bonheur !
Alors ici, en France, tant qu'on sera en plein dans le "je" si superbement représenté par notre Président - à ce niveau-là, on ne peut guère faire mieux - on engendrera au mieux de l'aigreur et
au pire du désespoir, voire de la haine, et donc on crée toutes les conditions propices à l'explosion d'une poudrière.
Quand un moune te dit qu'il n'a plus rien à perdre, et que le débit et ton de sa voix te fait comprendre que ce n'est pas du cinéma pour la galerie, alors tu te dis qu'il serait temps que les
conneries s'arrêtent et qu'on passe enfin au "nous." Et nous n'avons pas intérêt à La Réunion que des tas d'entreprises de transports (ou autre d'ailleurs) mettent la clé sous la porte. Moins il
y a d'acteurs économiques et plus ceux qui restent peuvent se remplir les poches ... Et hop voilà les prix qui s'envolent au profit de moins en moins de monde et au détriment de tous.
Alors 20 centimes d'euros, en regard de tout ça, c'est trop ?
Et pour ce qui est de la méthode, ouvrez les yeux : demandez les choses poliment et vous êtes traités comme des charlots. Franchement, il y aurait moins d'incendies si le pouvoir n'était pas
détenu par des pyromanes ...
Sur ce bonne journée à tous.
Ajout du 12 novembre
Ce soir sur RFO un Zot Mag consacré à cette crise et au prix du carburant. On nous a montré un graphique avec l'évolution du prix du carburant à La Réunion et en Métropole, par rapport à
l'évolution du prix du Brent. Je dois dire que le fameux lissage du prix du carburant à La Réunion ne m'a pas sauté aux yeux. Et je dois dire que ça m'énerve un peu. A chaque fois on se fait
enfumer par ignorance.
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