J'ai revu récemment sur RFO un film que j'étais venue voir en avant première au théatre de Champ Fleuri (Saint Denis de la Réunion) il y a de cela quelques années. J'en avais gardé un souvenir émerveillé. C'était "Glorieuses, l'île aux tortues vertes" de Rémi Tezier. La salle était comble, le cinéaste présent, et de nous expliquer la génèse du film.
D'abord la bataille administrative pour obtenir l'autorisation de filmer sur place, puis la bataille technique pour obtenir les superbes images qui allaient nous être projetées. Le monsieur eut le bon goût d'être concis et de nous laisser rapidement face à ses images, nous avertissant tout de même de l'écologisme militant dont était teinté le film. Même pas grave !
En route donc pour les Glorieuses! Et nous voici partis avec notre amie tortue verte qu'on va suivre un peu partout. Ainsi tour à tour nous verrons :
- la tortue qui sort de l'eau
- la tortue rampant sur la plage à la recherche de son lieu de ponte
- la tortue qui pond
- la tortue qui brasse le sable pour recouvrir ses oeufs (et notre guide qui en reçoit une pleine pelletée dans la figure)
- la tortue coincée dans les branchages qui lui barrent la route du retour et qui creuse, creuse et creuse encore pour passer
- la tortue rampant sur le sable en direction de la mer
- la tortue qui fait une pose, parce que ramper, ça crève
- la tortue parcourant les derniers mètres qui la sépare de l'eau
- la tortue enfouissant sa tête dans l'eau
- la tortue glissant enfin délivrée de son poids dans l'onde qui l'accueille à bras ouvert.
Maintenant que nous somme enfin dans l'eau, on nous présente ses voisins de palier.
Comme ils sont coloré les voisins de palier! On s'en prend plein les mirettes. Et aussi on rigole. Eh oui, un poisson ça peut être drôle!
On nous présente par exemple le champion du marquage à la culotte : un poisson qui suit une raie au dard venimeux, comme son ombre. Il nage juste au dessus d'elle et ne la quitte pas d'une semelle. Enfin il essaie. Parce que la raie, elle fait rien qu'à pas nager droit. Et que je te zigzague, et que je fais n'importe quoi. Alors le pauvre au dessus, il manque toujours de se faire larguer. Et que je te réajuste la trajectoire avec quelques microsecondes de retard.
Notre couple ivre s'éloigne peu à peu et nous découvrons alors d'autres comiques. Des petits malins ceux là.
Parce que quand même qu'est-ce que c'est chouette une raie : c'est plat. Alors bon, on va pas se géner. On s'installe de tout son long (faut voir l'air béat qu'ils ont les deux comiques. Mais je vous assure que si, des poissons peuvent parfaitement avoir un air béat!) et on se laisse transporter. Grâce à ce corps à corps nos compères jouissent de la protection de la raie au dard empoisoné, tout comme pour notre suiveur mais sans se fatiguer. Et comme le véhicule dispose d'une horde de petits nettoyeurs consciencieux, eh ben ils en profitent aussi les passagers clandestins! Resquilleurs, va !
Quand on aura finit de nous présenter tous les habitants du lagon, on nous expliquera que la tortue verte, elle ne reste là que pendant la période de reproduction, parce qu'ici, il n'y a rien à manger. Madame est végétarienne et elle a besoin de grandes prairies d'algues pour se nourrir. Alors lorsqu'elle est dans le massif corallien, elle brûle ses graisses et elle ne mange pas.
Bon, on aura évidemment droit à une série d'accouplements avec gros plan sur ce que doit être l'extase chez une tortue. On verra un mâle jaloux agresser un couple en pleine copulation et interrompre l'étreinte (ça dure 5 heures!) histoire de piquer la place de l'autre prétendant.
Au couplet écologique, le narrateur explique que comme les femelles se font braconner au moment de la ponte, les mâles ont fini par être en surnombre, et donc la chasse à la femelle est âpre, lançant la grande mode du "pousse toi de là que je m'y mette". Mais bon, les tortues c'est pas comme les éléphants, ça peut s'accoupler jusqu'à six fois dans l'année. Ceux qui ont eu ceinture une fois, peuvent se rattraper plus tard.
Mais les plus belles images, les plus fortes, ce sont celle des éclosions.
Il y a un plan d'enfer de toutes petites tortues, des centaines, qui se dirigent en courant vers la mer.
Évidemment elles rencontrent en chemin des prédateurs. De jour ce sont les pies. Là elles n'ont aucune chance de s'en sortir : celle qui est choisie y passe. Cruelles images. Mais les pies sont peu nombreuses.
Si l'éclosion se produit de nuit, ce sont alors les crabes des sables qui en font leur festin. On se la joue course à pieds. C'est celui qui court le plus vite qui gagne, et c'est bien souvent le crabe. Et puis il y a cette séquence magnifique. On vient de voir plusieurs bébés tortue se faire engloutir par les crabes. Et là rebelotte. Un crabe est lancé à la poursuite d'un petit fuyard.
C'est qu'il court vite le petit! A un moment paf, le crabe réussi à l'attraper du bout d'une pince. La proie se débat et s'échappe. Et c'est reparti pour la course poursuite! Puis brutalement le bébé tortue s'arrête et fait volte face. Le voilà-t-y pas qu'il se met à avancer vers le crabe qui prend la fuite. "Vas-y petit, met lui sur la gueule au vilain crabe". La salle jubile. Ah quand même, en voilà un qui a gagné!
On verra peu de scène de prédation arriver dans l'eau, même si c'est là que le plus grand écrémage se produit. Sur 1000 bébés tortue, un seul parviendra à l'âge adulte (une ponte = 100-120 oeufs, avec un taux de fécondité d'à peu près 80% ).
On quittera les Glorieuses un instant pour suivre une classe réunionnaise qui parraine "Marine", une tortue qui va être rejetée à la mer avec une balise Argos fixée sur le dos, histoire de pister ses déplacements. Les gamins sur la plage accompagnent la tortue de leurs encouragement "allez Marine, allez Marine!". Et hop, l'antenne disparaît sous la mer.
Au final, ce film laisse un excellent souvenir. C'est un sacré boulot la vie de tortue verte. Une sacré loterie aussi. Et ce film, un sacré film.
Sur ces bonnes paroles, à une prochaine.
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