Et nous voici reparti pour la seconde couche.
A propos de
mon article précédent sur les services publics et le traité de constitution européenne, Burt me répondait ceci :
"Il faut bien voir que, en droit, le particulier prime sur le général.Si l'on a donc une règle générale dans un article, et une règlespécifique dans un autre, qui déroge à cette règle générale, alors,dans le cas spécifique, c'est la règle spécifique qui s'applique.La règle générale, dans ce cas, c'est l'application de la concurrence (articles III-161 à III-169).La règle spécifique, c'est le cas de l'entreprise assurant une missionde service public (III-166(2) entre autres), qui est exonérée -danscertaines limites- de la règle général. Donc les articles III-161 àIII-169 pourront toujours faire autant référence qu'ils veulent à laconcurrence non faussée, l'article III-166(2) primera toujours dans lecas d'une mission de service public."Reprenons le fameux III-166 :
III-1661.Les États membres, en ce qui concerne les entreprises publiques et lesentreprises auxquelles ils accordent des droits spéciaux ou exclusifs,n'édictent ni ne maintiennent aucune mesure contraire à la Constitution,notamment à l'article I-4, paragraphe 2, et aux articles III-161 àIII-169.
Donc bien que III-166 relève d'un cas particulier, il est clairement dit ici que I-4, paragraphe 2, et III-161 àIII-169 passent en priorité.
Alors moi je veux bien que le spécifique l'emporte sur le général, mais si on s'en tient au stricte Français, ce qui est annoncé n'est pas conforme à cette idée, où par exemple III-166 plus spécifique ne doit pas être contraire à III-161 plus général.
Par contre le paragraphe 2 est intéressant :
2.Les entreprises chargées de la gestion de services d'intérêt économiquegénéral ou présentantle caractère d'un monopole fiscal sont soumisesaux dispositions de la Constitution, notamment aux règles de concurrence, dans la mesure où l'application de ces dispositions ne fait pas échecà l'accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière quileur a été impartie. Le développement des échanges ne doit pas êtreaffecté dans une mesure contraire à l'intérêt de l'Union.
puisque qu'il affirme que les missions des entreprises chargées de la gestions des SIEG ne doivent pas être mise en échec à cause de ces règles de concurrence.
Qui déterminera à quel moment la mise en concurrence mets en danger un service ?
Quid de la contradiction avec le III-166-1 ?
Qui ? Voici la réponse :
3. La Commission veille à l'application du présent article et adopte, en tant que de besoin, les règlements ou décisions européens appropriés.
Ah bon ! La commission c'est qui ? Voir l'article I-26.
Ensuite tout est question de confiance.
Et moi ma confiance en les institutions européennes s'est passablement effritée.
Pour ce qui est des services publics, je renvoie également les lecteurs
à ce document, rédigé par un type qui se trompe aussi forcément, puisqu'il ne va pas dans le "bon" sens.
Alors je crois qu'au delà du texte, il y a le sentiment qu'on a aujourd'hui vis à vis de l'Europe, l'expérience qu'on a de son fonctionnement. Et j'ai du mal à être optimiste quant à l'usage de ce traité vis à vis des services publics. Je ne pense pas que nos services publics soient en aussi bonne santé qu'on puisse jouer ainsi avec eux et avec nous.
Ceci étant dit , je persiste à penser que cette partie III est mal venue dans un texte qui s'intitule "Traité établissant une Constitution pour l'Europe" et que cette seule présence, met ce traité hors jeu du moment qu'il se veut constitutionnel.
Je partage entièrement l'analyse qui y est faite, sur sa partie objective. (certes, je comprend bien que tout le monde s'en fout que je le partage ou pas, mais ça me fait tout de même du bien de le dire).
C'est vrai que finalement tout est question de confiance.
Annie n'a pas ou plus confiance dans les institutions. C'est son droit. Elle n'est sans doute pas la seule.
Mais ce que je ne comprends pas, Annie, c'est la conclusion que vous tirez de cette absence de confiance: en quoi le fait de voter non rendrait il les institutions plus dignes de confiance pour vous ?
Mon non est un non qui refuse à cette commission les pouvoirs de décider de ça.
Les SIEG non marchands étaient définissables. Ils voulaient mettre ça dans leur constitution, ils n'avaient qu'à aller jusqu'au bout. Ainsi ce texte est un canard boiteux qui ne soutien rien bien qu'il en ait la prétention.
Regardez la composition actuelle de la commission : ce sont des gens comme eux qui vont défendre les SIEG ???
Les partisans du oui pour moi mentent lorsqu'ils font de ce texte une avancée pour la défense des services publics. Je constate pour ma part qu'il n'y a aucune garantie dans ce texte - pouvait-il seulement y en avoir ?
Mais par dessus tout, je ne voterai pas pour un texte basé lui même sur un gros mensonge : un texte qui s'appelle "traité pour une constitution européenne" et qui n'a rien à voir avec une constitution.
Je ne crois pas qu'on puisse parler de mensonge quand les partisants du oui disent que le texte est une avancée pour ce qui concerne les services publics. En tout cas, pas plus que quand certains partisants du non disent qu'il s'agit d'un recul.
En fait, je pense que les uns et les autres ont tout simplement une différence d'appréciation de ce que signifie "défendre les services publics" et de comment y parvenir.
Pour schématiser, les partisants du non (je veux dire du "non de gauche") voudraient que le traité fixe en quelque sorte la limite entre le marché et le non marché. Ceux du oui (toujours de gauche) se satisfont d'un traité laissant le flou, mais comptent sur le fait que la première partie du traité permettra un meilleur contrôle de la technocratie par la politique, ce qui permettra de mettre en oeuvre -lorsque le peuple le veut- une politique vraiment de gauche.
Ces deux interprétations devraient normalement imposer des responsabilités aux politiques qui les pronent. Les partisant du oui devaient expliquer comment ils comptent mettre en oeuvre une nouvelle influence politique, et avec quels alliés. Ceux du non devraient expliquer comment ils comptent convaincre nos 24 partenaires de renégocier le traité. Le climat actuel de la campagne ne permet malheureusement d'entendre ni l'un ni l'autre, et c'est ça qui est bien regrettable.
Finalement, il y a plein de bon sens dans votre réponse.
Parler de mensonge est sans doute excessif, mais lorsqu'on me présente les arguments des ouistes comme des vérités, alors qu'il apparait que les deux points de vue - je suis d'accord avec vous - partent plus d'appréciations (voire projections) différentes que d'autre chose, je grince énormément des dents.
Pour moi, la possibilité de refaire un texte qui n'a pas convaincu ne devrait poser aucun problème de principe dans un système qui se veut démocratique. Ce devrait être un devoir. L'argument "on a déjà eu du mal à faire ce texte pour qu'il plaise à un maximum de gens, on va pas recommencer pour vous faire plaisir", ça montre à quel point le système politique méprise l'opinion des gens dont il prétend gérer la vie.
Si on est là que pour enterriner le travail de ces messieurs-dames, inutile de nous demander notre avis.
Quant au débat, je suis bien d'accord avec vous, il est faussé en partie à cause du climat détestable de cette campagne. Et avec vous je le regrette.