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L'épidémie de Chikungunya se trouve actuellement au coeur d'une polémique sur la prédictibilité de la chose.
Dominique De Villepin a dit la semaine dernière "personne ne pouvait prévoir, et d'ailleurs personne n'a prévu" et s'est-il permis de rajouter dans les deux JT Réunionais "pas même vous les journalistes qui me questionnez aujourd'hui".
Je ne sais pas vous, mais moi ce genre de réflexion balancée avec un grand sourire me fait froid dans le dos : parce que ce sont les journalistes qui gouvernent maintenant ? C'était à eux de prévoir et de sonner le tocsin ?
De plus, cette réflexion faite aux médias réunionais est bien mal venue : ici, on ne parle pas du Chik seulement depuis janvier 2006! Enfin passons.
Donc sur la prédictibilité de la chose : "on ne pouvait prévoir" dit Galouzeau.
Bien alors résumons : nous sommes en milieu tropical et une maladie est transmise via un vecteur fort répandu ici, le moustique.
Il semble alors que les autorités comptent sur l'hiver austral pour que la maladie disparaisse d'elle même, en même temps que la population de moustiques diminue à cause des températures plus fraiches (tout est relatif : s'il gèle parfois dans les hauts, dans les bas, c'est toujours modéfé et rarement en dessous de 20°C) et de la moindre pluviométrie. Or en septembre, l'épidémie est toujours là, et les pouvoirs publics le savent.
Ce qu'ils ne peuvent ignorer aussi, c'est que la population de moustiques explose ici avec l'arrivée de l'été austral et de ses tempétatures élevées.
Nous avons donc d'un coté : une épidémie toujours en cours, et de l'autre une population de moustiques vecteurs dont on peut prévoir l'explosion dès les premières chaleurs.
Que croyez-vous qu'il arriva ? L'épidémie explosa.
Soyons clairs : personnellement  je n'aurai jamais imaginé une telle crise sanitaire, parce qu'à aucun moment non plus je ne me suis projetée dans un avenir de crise.
Nous ce qu'on ne pouvait pas prévoir, c'est l'inertie des pouvoirs publics, et le fait que peu allait être fait pour l'éradication des gîtes larvaires au moment où c'était propice (hiver austral).
Ce n'est quand même pas au citoyen ordinaire d'aller informer l'Etat des dangers imminents, de lui dire qu'un moustique quand il fait chaud et humide se multiplie à la vitesse grand "V".
Les autorités sanitaire aurait du prévoir, du moment qu'en septembre la maladie était toujours là que ça ne pouvait qu'empirer pendant l'été. Car même si on ne sait pas, le principe de précaution aurait voulu qu'on prenne en compte le risque probable d'une épidémie suivant en instensité l'évolution de la population ses vecteurs.
Seulement voilà : on pensait que le Chik était bénin, alors on ne s'en est pas trop fait. Or dès septembre, des formes graves, non répertoriées jusqu'alors apparaissent.
Que font les pouvoirs public ? Ils tentent d'étouffer l'affaire et lance des enquêtes administratives sur les médecins de l'hopital d'où l'info aurait fuité. Comprenez qu'il ne faut pas faire peur aux touristes.
Comme si revenir malade d'un séjour à la Réunion pouvait contribuer à nous donner une bonne image de marque ! Comme si ça ne se serait jamais su !

Il se dit aussi que les expressions graves du Chikungunya n'étant pas documentée, on ne pouvait pas savoir. Certes, on découvre pas mal de choses actuellement, mais le Chik appartient à une famille de virus, elle bien connue, et donc on pouvait imaginer ce qu'il se passerait en cas de crise aigue. C'est en tout cas ce que j'ai cru comprendre de l'intervention d'un certain Dr Raoult, de Marseille, spécialiste en viroses tropicales et qui est intervenu sur RFO il y a une dizaine de jours.
En gros, il disait que les cas graves non répertoriés jusqu'ici et l'augmentation de la mortalité n'avait rien d'étonnant pour ce type de virose, lorsqu'on a une épidémie qui galope comme comme celle-ci.
Autant vous dire que j'ai bondi sur mon canapé en entendant ça : la version officielle du "on  ne pouvait pas savoir, la maladie est inconnue", venait d'en prendre un sacré coup.
Mais cette info n'a jamais été reprise, ni par la presse écrite, ni par la télévision, ne serait-ce que locale. Du coup, aujourd'hui j'en viens à douter de ce que j'ai entendu !

Cependant, là où je n'ai aucun doute, c'est que ce même médecin qui s'est fendu d'un rapport à un certain Mattei à la suite de la  catastrophe de la canicule en 2003 avait conseillé à l'époque la mise en place d'un observatoire des décès resté sans suite. L'augmentation inhabituelle des décès sert alors d'indicateur précoce aux épidémies graves et permet de mieux réagir. Cette méthode aurait fait ses preuves outre-atlantique contre le West-Nile. Mais en France, on est toujours plus malin que les autres, on préfère innover dans l'inefficacité.

Parlons maintenant de la démoustication - bonus de ce soir :-)
Plusieurs enthomologistes on l'air de penser que la démoustication actuelle est vaine : quand bien même on tuerait 90% des moustiques, les 10% qui restent se reproduiraient si vite qu'on ne s'en sort jamais (du fait qu'on est en été ici). Voir cet article du JIR, le premier qui met les pieds dans le plat.

Voilà en gros pour l'irruption des scientifiques dans le plan de comm de nos politiques. Sont vraiment pas sympas à dire le contraire de la version officielle !
Sinon à part ça, on est aujourd'hui en vigilance cyclonique : il y a du vent et il pleut beaucoup, mais quand même moins qu'il y a dix jours sur Saint-Denis. Je n'ai pour le moment pas eu besoin des serpillères :-)

Addendum du 12/03/2006
Sur la prédictibilité et lla méconnaissance du Chik, je vous invite à lire cet excellent article sur http://lionel.suz.free.fr
Par Annie - Publié dans : La Réunion
Samedi 4 mars 2006 6 04 /03 /Mars /2006 19:59

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