Notre fier premier Ministre hier, attaqué sur le projet de contrat première embauche n'a pas pu s'empêcher de dire "j'entends les manifestants, mais j'entends aussi ceux qui n'ont pas manifesté". Vraiment ?
Monsieur De Villepin est un homme cultivé et instruit, et donc il est absolument impossible qu'il veuille dire par là que le nombre de manifestants quantifie de manière absolue le mécontement. Que par conséquent ceux qui sont restés chez eux représentent l'ensemble des personnes qui approuvent son projet. On ose espérer que ce n'est pas ce qu'il a dans la tête, surtout dit devant les caméras et devant ceux "qui ne sont pas allés manifester" et ne sont pas pour autant forcément emballés par son projet de loi.
Qui ne dit mot consent dit le proverbe. C'est bien pratique, mais il faudrait être naïf en politique pour prendre un silence comme un assentiment.
Rappelons quand même à Monsieur de Villepin qu'à une époque, sous le gouvernement précédent des manifestants dans la rue il y en a eu. Beaucoup. Ont-ils eté pour autant entendus ? Non ! "C'est pas la rue qui gouverne" a martelé très fier de lui Jean-Pierre Raffarin, aujourd'hui tombé dans l'oubli.
"La rue ne gouverne peut-être pas mais elle vote", a rétorqué cette dernière. Trois claques électorales de suite et qu'est-ce qui a changé ? Rien !
Le gouvernement prône toujours le dialogue et est toujours aussi incapable d'en animer un seul. Faute de savoir convaincre, il passe ses projets de loi par la force, sa majorité à l'assemblée nationale le confortant dans sa surdité : je peux donc je ne vais pas me géner.
Et le citoyen dans tout ça ? Il ne peut qu'être admiratif devant autant de fermeté, n'est-ce pas !
Personnellement, face à ces gouvernants qui n'écoutent personne et pensent détenir la vérité sur tout (seul ce qui sort de leur rang est raisonnable), j'attends. J'attends la dégelée, j'attends l'ultime claque, celle de 2007. Non pas celle de l'élection présidentielle qui cristalise toute l'attention actuelle, mais celle du renouvellement de l'Assemblée Nationale.
Quand on n'a pas la majorité, on fait moins le mariole. On est obligé de convaincre, de défendre ses idées. Qu'ont à défendre les ministres actuels devant une Assemblée Nationale qui leur est tout acquise ? Quels risques prennent-ils ? Aucun. Enfin si quand même : il arrive que la démocratie puisse encore s'exercer lorsque l'unanimité sur un point n'existe pas au sein du parti majoritaire, comme pour la loi DADVSI, mais c'est si rare!
Mais revenons à nos moutons. Devant ce comportement de négation de toute opposition, comment réagir ? On ne va pas passer tout notre temps dans la rue quand même !
Alors moi, tant que ceux-ci seront au pouvoir, je ne vais plus manifester, car quand bien même la moitié de la population française serait dans la rue, ils n'en tiendraient pas compte. Je crois qu'on a rarement été aussi loin dans l'aveuglement politique et le mépris de ceux qu'on a la prétention de gouverner.
En ignorant d'importantes manifestations et en refusant d'entendre le message délivré, on nous a ôté tout moyen d'expression et de pression après que les assemblées soient constituées. Dont acte. Si c'est désormais uniquement dans les urnes que se passent les batailles, j'espère bien que nous serons fort nombreux à chaque rendez-vous.
Et j'espère que nos gouvernants ont bien à l'esprit qu'ils ont déjà perdus les trois dernières, de bataille. Et qu'il n'y a pas eu besoin de manifestation pour ça ...
par Annie
publié dans :
Humeur
Mercredi 8 février 2006
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